Notre église

Placée sous le vocable de saint Maurice, elle a donné son nom au village et sa construction remonte au Moyen Age :
 
En 1106, le Prieuré de Sanctus Mauricius de Ybia est remis à l’abbaye de Sainte Foy et Saint Sauveur de CONQUES, en Aveyron.
 
En grande partie détruite au moment des guerres de religion, il reste de l'ensemble primitif le mur sud de bel appareil, et son portail roman en plein cintre. Ce dernier est orné de voussures concentriques alternant avec des tores. Les colonnettes latérales qui supportaient les voussures ont disparu. En observant le campanile, on peut comprendre qu'il fut aménagé en système défensif. 
 
Le porche est surmonté d'un chrisme entouré d'une fine torsade; le tout ciselé dans le claveau de pierre froide. Curieusement, les lettres grecques ? (alpha) et ? (oméga) sont inversées.
Sur le contrefort extérieur une inscription romaine encastrée est semble t-il l'épitaphe d'une pierre tombale.
 
A l'intérieur, la nef romane étant devenue trop petite, fut profondément modifiée entre 1828 et 1834. La demi-coupole peinte de médaillons naïfs est inscrite aux Monuments Historiques.
 
Voyage autour de notre église :
 
         Le contrefort extérieur
 
Portant en sa structure un témoignage de la romanisation de La Gaule et certainement construite sur un ancien lieu de culte païen, deux pierres gravées antiques appartenant à la même inscription, sont réemployées dans l'édifice. L'une à l'extérieur sur le deuxième contrefort méridional, l'autre à l'intérieur constitue une marche d'escalier. Toutes deux comportent des lettres de belle facture, d'une hauteur de dix centimètres environ.
 
1 – en façade dans le mur orienté au sud, profondément gravé, on peut lire :
MARITV
SVB ASCI
 
 soit MARITU (S) … SUB ASCI (A), que l'on doit transcrire ainsi : Maritus posuit et Sub Ascia Dédicavit; ce qui peut se traduire de la manière suivante "son mari a élevé ce tombeau et l'a dédié sous l'ascia ".
 
2 – à l'intérieur, le fragment représente la suite de la même inscription, mais l'on reconnaît difficilement quelques caractères
RM  A  SI  XI – et peut-être le dessin d'une ascia (?)
 
Il s'agit là, très certainement du début de l'épitaphe avec le nom du défunt et la mention de l'âge; probablement l'épouse d'un colon gallo-romain. 
 
 
MAIS INTERESSONS NOUS AU SYMBOLE DE L'ASCIA.
 
L'ascia est un outil en forme de hache, une herminette, un outil à travailler le bois ou à polir la pierre, l'instrument à tout faire du maçon. Cet outil gravé sur la pierre tombale était censé lui conférer une protection en lui assurant l'inviolabilité. Cette inscription funéraire qui apparaît à la fin du premier siècle et se répand au deuxième siècle est une dédicace romaine aux Dieux Mânes 1 
 
DIS MANIBUS – SUB ASCIA DEDICAVIT
gravée souvent en abrégé  D M   S A D.
 
L'esprit de cette formule " Ame des Morts, accueille ce défunt placé sous la protection de l'Ascia", se retrouve dans la liturgie catholique pour souhaiter du bien à la personne inhumé dans le requiescat in pace (repose en paix). L'ascia, rite d'inauguration, marquait ainsi la consécration du tombeau.
 
 
Le Chrisme
Ceint d’une torsade, surmontant le porche de notre église, le CHRISME présente un détail surprenant :
 
l’ALPHA et l’OMEGA (le commencement et la fin) ont été inversés.
 
Mais que représente le CHRISME ?
 
C’est le monogramme du CHRIST ;
 
Le nom de CHRIST, qualificatif grec ajouté au nom de Jésus par des disciples, signifie et traduit l’hébreu « HAMASHIA », en latin « MESSIAS » d’où Le Messie.
 
Le monogramme est composé des deux premières lettres entrelacées de KRISTOS, nom grec de CHRIST :
Signes majuscules d’imprimerie  X  et  P, pour respectivement les appellations en grec ancien de KHI et RÔ.
 
Ce monogramme figurait sur l’étendard de Constantin le Grand, empereur romain d’occident et d’orient, qui établit la liberté religieuse et le triomphe du christianisme au quatrième siècle de notre ère.
 
De très nombreux CHRISMES ornent les pierres des églises du monde entier…. Avec l’ALPHA à gauche et l’OMEGA à droite. Malgré tout, le CHRISME inversé de Saint Maurice d’Ibie n’est pas une exception.
 
 
La pierre d’autel
 
Posée sur un socle, une plaque de marbre blanc est certainement la pierre d'autel primaire, vestige de notre église et pouvant être daté du 6éme ou 7éme siècle de notre ère. 
 
Elle n’a rien d'un autel païen, ni d'une pierre à cupule destinée à recevoir des sacrifices d'animaux. Appelée pourtant "pierre sacrificielle", termes à concevoir dans l'optique de Saint Sacrifice ou messe, elle provient très certainement de la vallée du Rhône. Fabriquée par des moines, elle aurait pu être acheminée jusqu'à sa destination finale, en partie par voie d'eau.
 
De belles dimensions  – 135 cm de long sur 80 cm de large -, épaisse de 12 cm, elle est bordée de trois moulures régulières, larges respectivement de 7 cm pour l'une et 3,5 cm pour les deux autres, la dernière étant biseautée. L'absence de croix ou de signes attestant de sa consécration, constitue une preuve de son extrême ancienneté, probablement le premier autel chrétien du village.